L’ingénieur, le drône et le perroquet

Dans la continuité des réflexions que je lançais avec vous il y a quelques semaines je suis allé à la rencontre d’un sacré bonhomme : Henri Seydoux. Président et fondateur de Parrot (perroquet en anglais), une entreprise « NBIC » française, devenue en quelques années leader mondial dans le secteur des équipements automobile high-tech (kits mains libres, Bluetooth…) et en plein développement dans le secteur des drones. Un marché qui bouillonne d’émulation et créativité : 100 nouveaux types de drones devraient être inventés rien que pour l’année 2015 !

Chaleureux et pédagogique à l’égard d’un interlocuteur nettement moins fort que lui en maths. Après m’avoir expliqué mi- sourire mi-sérieux qu’il est un peu « fou » il m’offre 2 heures de briefing passionnantes.

Première remarque. Pour lui, une part importante de la future croissance mondiale sera dans le software, c’est à dire les logiciels dont les contenus les plus en adéquation avec la demande des utilisateurs (particuliers ou entreprises) remporteront la mise. En jeu, des dizaines de milliards de dollars et des millions d’emplois dans le monde.

Or, beaucoup des entreprises qui réussissent aux États Unis ont moins de 30 ans d’ancienneté ! Seules 11% des 500 plus grandes entreprises américaines de 1955 existent toujours aujourd’hui… Ce n’est pas vraiment le cas en Europe où le dynamisme est moins fort.

Pourquoi cette différence ? Plusieurs raisons, selon lui, mais j’en retiens une : aux États Unis, les pôles de high-tech sont ces super universités qui, quoi que l’on dise, n’ont pas d’équivalent chez nous. Même Polytechnique, Centrale, nos grandes écoles d’ingénieurs ? Il est formel : MIT, Stanford sont au top tant sur le contenu et la méthode, que sur la quantité d’ingénieurs formés. Il insiste : nous devons former beaucoup plus d’ingénieurs en France. Il en manquerait 5000 par an, notamment dans le numérique. Ce doit être une priorité. La pénurie d’ingénieurs est un phénomène mondial, pire en Allemagne qu’en France par exemple. Mais notre système actuel n’est-il pas trop élitiste et donc dissuasif ? Ce que je constate aussi, c’est que si nous formons de plus en plus d’ingénieurs (36 800 en 2013 contre moins de 15 000 il y a 30 ans) nous avons du mal à les retenir en France. 15% sont déjà expatriés, et près de 40% d’entre eux ne pensent pas revenir… Un chiffre en constante augmentation qui doit nous interpeller.

On parle de Parrot. Il me fait rêver avec ses drones ! La version de leur usage par les terroristes est un cauchemar…mais celle qui est dédiée à l’agriculture par exemple est juste incroyable ! Elle permet de mieux cartographier les parcelles de culture et de cibler leurs besoins. Une petite révolution des pratiques mais aussi des modes de recherche et de production.

Son bureau est isolé grâce à une baie vitrée par laquelle je découvre son univers : un immense local paysager où sont alignés devant des écrans près de 300 cerveaux. 300 jeunes ingénieurs venus du monde entier triés par lui sur le volet. Leur boulot ? Chercher des logiciels 24h sur 24. On est dans l’abstraction absolue, l’hyper virtuel, les algorithmes, les calculs complexes. Je décroche… puis je m’accroche ! Compliqué de rentrer complètement dans son monde et en même temps fascinant. Je le sens passionné. Tourmenté aussi. L’angoisse du chef. La concurrence est omniprésente et pas toujours très loyale. L’inquiétude permanente de passer à côté d’un virage technologique majeur. Les start up que l’on crée au sein de l’entreprise et qui après 2 ou 3 ans n’ont pas décollé. Le risque, encore le risque, toujours le risque… Sans oublier la gestion attentive et constante de tous ces hommes et femmes, génies en puissance, souvent plus tourmentés qu’on ne l’imagine.

Je le quitte avec la tête à l’envers. Troublé sans doute mais surtout intrigué, curieux d’en savoir plus sur ce monde tellement parallèle au mien. L’homme politique doit laisser travailler l’ingénieur bien sûr. Mais il doit aussi le considérer, l’encourager, le renforcer. C’est le mot anglais « to empower », lui donner une « force collective » qui me vient à l’esprit.

Parrot est installée dans le 10e arrondissement de Paris, à quelques encablures du palais de l’Elysée où tant (trop ?) de choses se décident. Les deux infinis.

Parrot ? Une autre dimension de ce qui constituera, le moment venu, le sursaut Français.

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