Cancale, l’inspecteur et la crépidule.

Connaissez-vous Cancale ? On y arrive en voiture depuis Rennes en une heure.

Alors même que la vie m’a permis de parcourir la Bretagne en tous sens depuis des années, je ne connaissais de ce lieu que la célèbre appellation d’huîtres et de moules. Un peu comme les rillettes de la Sarthe ou, naturellement, le Brie de Meaux…

Mon voyage avait pour but d’écouter les ostréiculteurs et mytiliculteurs dont on parle peu à Paris sauf en cas de pollution.

Ils sont quatre à m’accueillir dans un petit local de l’établissement de l’un d’entre eux en zone industrielle. Pas des timides ces quatre-là ! Plutôt fiers de leurs savoir-faire et de leur réussite.

Pendant près de deux heures, je les laisse me raconter leurs vies quotidiennes. Une histoire commune avec le bon vin : le terroir, les crus, les années d’élevage minutieux.

Il faut par exemple trois ans pour « faire » une huître selon des techniques complexes… dont j’ignorais tout (et normalement vous aussi) !

Chacun me délivre son message. Il y a l’amour du métier… et les rendez-vous avec Kafka : de précieuses minutes ont été consacrées à évoquer un monsieur un peu gris, chargé d’inspecter le travail.

© Inspecteur Gadget

Absent physiquement de notre rencontre, il est dans tous les esprits. Il ne lui est pas du tout reproché de faire son métier. Mais de si mal comprendre le leur.

Et là se succèdent les aberrations.

Un exemple : les métiers de la conchyliculture sont régis par la nature. S’il y a une tempête le mardi, impossible de travailler. En revanche si le temps est idéal le dimanche ou la nuit, il faut y aller sans hésiter ! Les salariés de ce secteur le savent très bien d’ailleurs. Mais pas leur inspecteur qui, me disent-ils, voudrait les voir pointer à des horaires d’une entreprise du CAC 40. Mon réflexe de médiateur prend le dessus : ça doit être un malentendu !

Je rêve de les réunir dans une pièce, de les rabibocher. Surmonter cette opposition absurde, réconcilier ces deux mondes parallèles obligés par la loi de se parler alors qu’ils ont si peu en commun…

Devant leur moue dubitative je me sens très seul.

C’est alors qu’arrive un sujet totalement inattendu : la crépidule. Un coquillage arrivé dans la baie avec les GI’s en 1944, qui se reproduit à grande vitesse tout seul et empiète sur l’espace vital des huîtres et des moules.

Et voici que l’un de mes compères a décidé de goûter une crépidule et s’est régalé. Vous devinez la suite. Une opération de pêche et de commercialisation vient d’être testée. On en sert dans les restaurants alentours. Coup doublement gagnant : on développe un nouveau marché et on préserve les huîtres.

Il y a quelque temps je vous parlais des drones de Parrot. Et si la crépidule venait rejoindre le club de ce qui symbolisera demain le « sursaut français » ?

© Luximer.com

En quittant mes hôtes je leur demande de faire un crochet par la baie. Au loin le Mont Saint Michel. Magique.

Pensez à faire un saut par Cancale. Vous y rencontrerez de belles personnes qui aiment leur métier, et leur pays. Et s’ils étaient beaucoup plus nombreux qu’on ne le dit ?

A très bientôt.

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