Plongée dans la "French Tech" (suite)...

Après Parrot, j’ai découvert « Withings » ce lundi. Une autre pépite de la French Tech. Une start-up d’un dynamisme fou : ses effectifs doublent quasiment tous les ans depuis sa création, il y a à peine 7 ans. Son métier ? Les objets connectés pour la santé. Le pèse-personne relié par wi-fi à votre Smartphone qui dessine votre courbe de poids. La montre intelligente qui mesure votre tension et le nombre de pas que vous faites chaque jour. Le détecteur qui mesure la qualité de l’air chez vous… C’est la mesure de soi, le « quantified self » cher aux Américains. Toutes ces données peuvent être partagées en direct avec un médecin ou des amis. Des « communautés Withings » se constituent ainsi, un peu sur le modèle des Alcooliques anonymes, où des personnes en surpoids s’observent et s’encouragent mutuellement dans leur combat contre l’obésité. Il paraît que c’est très efficace !

Les créateurs de Withings ont compris que la santé, c’est anxiogène. Le fils de médecin légèrement hypocondriaque que je suis, vous le confirme ! Du coup, leurs objets sont sobres, ludiques, « design » : de manière à ce qu’on puisse les laisser sur la table du salon sans que votre maison ne ressemble à un cabinet de médecin ou à un hôpital. Malin.

Vous me direz : « quel intérêt ? Ce sont des gadgets ! » Eh bien non.
Pour prévenir une maladie, il faut se surveiller. Et pour se surveiller il faut avoir des données fiables, quotidiennes que chaque personne –sauf à passer sa vie dans des labos d’analyse- est la mieux à même de collecter. C’est ce que permet Withings. Le Big Data appliqué à la santé. Avoir, en un clin d’œil, les données de votre tension sur votre Smartphone permet de voir si un pic de tension était lié à une simple bouffée de stress ou s’il y a vraiment des raisons de s’alerter. C’est une révolution pour la prévention et le suivi de nombre de maladies chroniques : surpoids, diabète, insuffisance cardiaque. Cela peut aider les patients à se prendre en main et faire émerger de bonnes pratiques. Au final, cela peut avoir des effets bénéfiques pour la santé des patients et les finances de la sécurité sociale…

Tout n’est pourtant pas si rose dans le monde Withings. D’abord, la problématique de la confidentialité. Le secret médical, c’est primordial. Il ne faudrait pas que tous les suivis médicaux se retrouvent en libre accès sur Internet… Evitons que le Big Data ne devienne le vecteur du Big Brother. Ensuite, la question cruciale de l’automédication. Des patients peuvent croire que le simple fait d’avoir le suivi de son poids ou de sa tension les dispense d’aller voir leur médecin. Ce serait dramatique. Il faut dire et répéter que rien ni personne ne peut remplacer l’expertise médicale. Autre sujet, économique celui-là. Withings rencontre un succès foudroyant. Bel hommage à l’excellence de nos entrepreneurs ! Mais que pèse Withings face aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ? Rien. Nos pépites risquent tôt ou tard d’être absorbées par ces entreprises. La naissance d’un géant numérique national, ou européen, est l’une des conditions du sursaut français. Et puis je demande aux fondateurs de Withings où leurs objets sont fabriqués. « En Suisse et en Chine ! » me répondent-ils. Je m’attends à l’habituel couplet sur le coût du travail comme justification… Même pas ! C’est pire. Ils me disent qu’ils n’ont trouvé personne en France maîtrisant les savoir-faire requis pour élaborer leurs produits… Ahurissant ! Si nous voulons garder des usines, il va falloir sérieusement hausser la formation de nos jeunes.

Dernier sujet de préoccupation : la fracture numérique. Les fondateurs de Withings me font visiter de fond en comble leur siège flambant neuf. La R&D où une dizaine d’ingénieurs de tous horizons inventent l’avenir dans un espace de travail « cool » avec écran de télé et espace de détente… Les services commerciaux où une vingtaine de personnes, rivés à leurs écrans, vendent Withings dans le monde entier… La partie prototypage où les futurs produits prennent peu à peu forme entre les mains de petits génies… Tout cela est fascinant de vie, de dynamisme, d’inventivité, d’intelligence. A vue de nez, la moyenne d’âge est de 30-35 ans maximum. Tous sont surdiplômés. Tous parlent plusieurs langues. Tous sont des « geeks ». En soi, c’est formidable. Mais ces Français-là vivent-ils vraiment dans le même monde que les Français d’un coin reculé de la Brie où le portable passe encore parfois si mal ? Vivent-ils dans le même monde que les plus de 70 ans ? Vivent-ils dans le même monde que ces milliers de décrocheurs qui quittent chaque année l’école en maîtrisant mal le Français sans même évoquer l’anglais ? L’enjeu, c’est bien sûr d’être à la pointe de la révolution numérique, mais aussi de ne laisser personne au bord du chemin. La France ne doit pas se diviser entre un pays « très haut-débit » et un pays périphérique.

En quittant Withings, j’ai la tête pleine de toutes ces questions… Gentiment, les fondateurs de l’entreprise me donnent leur montre « magique » qui mesure la tension. Ils m’assurent que c’est le meilleur moyen de lutter contre l’hypocondrie… Pas sûr ! Mais je crois que vais quand même essayer… Je vous dirai !

A bientôt,

JFC

Photo : Balance romaine… que de chemin parcouru.

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