Jean-François Copé : « La France a besoin d’un chef »

EXCLUSIF MAG – Depuis la mi-septembre, Famille Chrétienne interroge tous les candidats à la primaire de la droite et du centre. Cette semaine, le député-maire de Meaux défend son idée de " droite décomplexée " et explique son revirement sur le mariage pour tous.

Vous avez manifesté contre la loi Taubira, mais vous n’avez jamais milité en faveur de son abrogation. Vous avez même déclaré peu après son vote que vous n’étiez en réalité pas opposé « à l’idée du mariage homosexuel ». Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’opportunisme ?

J’avais précisé que, pour moi, la question n’était pas celle du mariage, mais de la filiation. Outre mon opposition totale à la PMA et à la GPA, il n’y avait pas lieu, à mes yeux, de légiférer sur l’adoption. Pour un enfant, grandir dans un cadre parental respectant l’altérité sexuelle homme femme est un élément qui lui permet de se construire de manière optimale. Cette loi a été votée dans un tel contexte de tension sociale et civile que j’en ai tiré des enseignements pour l’avenir. Un an et demi de défilés, avec des violences subies par les manifestants dont j’ai été moi-même le témoin, alors que tant de décisions importantes attendent ! C’est la raison pour laquelle je ne veux pas rouvrir le débat, parce que la France ne peut pas se permettre une nouvelle déchirure. Je ne suis pas fermé à la question d’une réécriture de la loi, mais seulement si l’état du pays le permet.

Pour moi, le vrai débat sur la famille, ce n’est pas la question des couples de même sexe. Le vrai sujet, c’est comment porter une politique familiale digne de ce nom. Les socialistes ont anéanti la fiscalité familiale. Hélas, cette déconstruction avait déjà commencé en 2011.

Pour tout vous dire, je suis par principe opposé à ce que le législateur s’immisce dans la vie intime des Français. Regardez ce qu’ont fait les socialistes en voulant imposer l’euthanasie lors de la modification de la loi Leonetti alors qu’un bon équilibre avait été trouvé avec cette loi. Regardez le transhumanisme : c’est quoi la suite ? Le législateur doit être là pour mettre des garde-fous.

Comment jugez-vous le soutien de Sens Commun à la candidature de François Fillon ?

J’ai été le seul candidat à la primaire à manifester [avec Jean-Frédéric Poisson, Ndlr] alors que tous les autres, dont François Fillon, avaient jugé que manifester n’était pas de leur niveau ! À l’époque, en tant que président de l’UMP, je n’avais pas l’intention de laisser mes troupes seules, livrées au Front national. Je tiens d’ailleurs à rappeler que c’est moi qui ai fait entrer Sens Commun au sein du parti, alors que beaucoup y étaient opposés. J’ai été intéressé de voir que Sens Commun avait la mémoire qui flanche. Moi qui pensais que la fidélité était une vertu… Sur ce sujet, je n’ai de leçon à recevoir de personne.

Que peut dire le maire de Meaux, la ville de Bossuet, sur les racines chrétiennes de la France ?

Il faut se rappeler tout ce que la France doit à l’Église catholique. Notre histoire n’a pas commencé en 1789 ! L’Église a assuré pendant des siècles une mission publique de santé et d’éducation. Elle a forgé une culture et une éducation communes. Tous les anticléricaux de 1905, Émile Combes en premier, avaient une véritable culture catholique. À l’inverse, Najat Vallaud-Belkacem ou Christiane Taubira se sont fait un point d’honneur de nier le fait religieux.

Pour ce qui est de Bossuet, je regrette qu’il ne soit plus enseigné aujourd’hui ! Il est l’un de nos plus grands écrivains, et il fut un maître en politique. J’aime sa phrase magnifique : « Où il n’y a point de maître, tout le monde est maître ; où tout le monde est maître, tout le monde est esclave ». Notre situation l’illustre cruellement : la France n’est plus commandée. À cause de François Hollande bien sûr. Mais aussi à cause de la complaisance qu’a eue la droite à l’égard, à la fois, de la gauche caviar et de la CGT et qui a beaucoup trop laissé libre cours au communautarisme. L’héritage de l’Église catholique, c’est aussi l’idée que la société doit être commandée. La France a aujourd’hui besoin d’un chef. Il faut renouer avec l’aptitude à décider.

Dans votre projet présidentiel, et à l’heure de la grogne des policiers, vous préconisez un « Plan Marshall » de la sécurité. En quoi consiste-t-il ?

La France est extrêmement fragile. Elle est aux prises avec une menace sécuritaire majeure, qui va de la délinquance visible tous les jours à la barbarie du terrorisme. Il serait ridicule de considérer que les malheurs de la France ont commencé avec François Hollande : le précédent quinquennat a diminué drastiquement nos effectifs de sécurité, les moyens de notre défense nationale et désorganisé nos services de renseignement. En réponse, je préconise un réarmement du pays, avec la création de 50 000 postes de policiers, gendarmes, militaires, magistrats et gardiens de prison. J’adosse cette mesure à la suppression de l’emploi à vie dans la fonction publique, pour permettre aux Français qui le veulent de s’engager au service de la défense de notre pays. Rétablir la sécurité est le préalable à toute autre action politique.

À Meaux, j’ai fait baisser les crimes et délits de moitié en dix ans grâce à une police municipale armée et à un dispositif de vidéosurveillance. Nous assurons un suivi dans chaque quartier, chaque rue, en lien avec la police, les établissements scolaires et le parquet de Meaux.

Vous voulez mettre en place un code de la laïcité. N’y a-t-il pas un risque que toutes les religions pâtissent d’un durcissement dans ce domaine ?

Je suis sûr que ça se passera très bien et j’invite mes compatriotes pratiquant un culte à ne pas s’inquiéter, notamment les chrétiens. Quel est le problème aujourd’hui ? C’est que le culte musulman, qui s’est développé en métropole après 1905, n’est pas organisé. Je propose que l’on fixe par ordonnances des règles d’encadrement du culte musulman, comme cela fut le cas pour les autres religions. C’est la responsabilité éminente du chef de l’État. Je rappelle que c’est Henri IV qui a rédigé l’Édit de Nantes ; que c’est Bonaparte qui a mis en place le Concordat et le Grand Sanhédrin ; que l’adoption de la loi de 1905 a été un des grands enjeux de la IIIe République. Nous n’avons que trop tardé, attendant que la solution vienne de l’islam lui-même ; cela n’arrivera pas. Le Conseil français du culte musulman, quoique composé de personnalités éminentes, est trop divisé pour le faire. C’est dans cet esprit que j’ai proposé des mesures pour organiser une bonne fois pour toutes ce qui ne l’est pas, comme le fait que les imams doivent parler français et qu’ils passeront un diplôme de laïcité délivré par les universités. Je propose aussi de créer un délit permettant de sanctionner les propos et les comportements extrémistes relevant de l’islamisme radical, comme ceux de l’imam de Brest. Je demande enfin l’interdiction des signes religieux ostensibles dans l’enceinte des établissements publics, ce qui ne concerne évidemment pas les ministres du culte ou les religieuses. Il s’agit d’interdire le voile, qui pose le problème de l’enfermement des femmes. Le rôle du politique n’est pas d’organiser la liturgie ou d’interpréter les textes sacrés, mais de créer les conditions de la vie en société. La liberté religieuse doit s’exercer dans le respect des lois de la République, ce que la communauté chrétienne a totalement intégré depuis un siècle.

Que répondez-vous à ceux qui taxent de populisme votre slogan de « droite décomplexée » ?

Le populisme, c’est une manière de gouverner qui considère que le court terme est prioritaire sur la vision et la réflexion en profondeur. Le populisme conduit à des positions irréfléchies, et parfois extrémistes. J’aime cette phrase de Charles Péguy, mort en héros lors de la bataille de la Marne aux portes de Meaux : « le triomphe des démagogies est passager. Mais les ruines sont éternelles… » La « droite décomplexée » n’a rien à voir avec le populisme. La droite décomplexée, c’est la droite qui en a assez de s’excuser d’être de droite, alors qu’en France, il serait normal d’être de gauche. La droite décomplexée est fière de ses valeurs : la famille, l’autorité, la liberté de travailler comme on le souhaite, d’être reconnu pour son effort. Elle ne tremble pas quand il faut décider. Elle ne recule plus, comme cela a été trop souvent le cas depuis 10 ans. Il y a une obsession de la droite à vouloir séduire les minorités qui n’ont pas voté pour elle et qui bloquent le pays, qui le paralysent intellectuellement ou physiquement. Il faut que cela cesse.

Vous avez finalement été mis hors de cause dans l’affaire Bygmalion. Un homme politique peut-il sortir grandi d’une épreuve personnelle ?

Il faut relativiser par rapport aux grands drames de l’existence, mais j’ai expérimenté ce phénomène de meute et de bouc émissaire décrit par René Girard. Cela a été l’occasion de mesurer ma capacité à tenir. Le courage et la solidité dans l’épreuve sont des qualités essentielles en politique et qui sont indispensables pour diriger un pays comme le nôtre. Cette épreuve m’a aussi amené à me demander, posément et en conscience, si je devais ou non continuer à participer au débat public. J’ai vu une telle haine dans les yeux de certains des membres de ma famille politique, parfois m’utilisant comme leurre pour éviter d’être eux-mêmes mis en cause. Je me suis demandé : « pourquoi fais-tu tout ça, déjà ? ». Je me suis imposé de ne rester dans la sphère publique qu’à la condition de ne pas être mis en examen. C’est parce que les juges m’ont totalement innocenté que je suis candidat. Depuis, j’ai revu chacun de ceux qui m’avaient trahi : ce qui compte, leur ai-je dit, c’est le service de la France, et nous serons amenés à retravailler ensemble.

Vous avez été marqué par la visite du cours Alexandre-Dumas à Montfermeil. En quoi peut-il être une source d’inspiration pour réformer l’école ?

Je trouve cette expérimentation très intéressante. Des moyens considérables sont mis en œuvre dans l’enseignement public, sans que cela donne des résultats satisfaisants. Cela doit nous inciter au pragmatisme. Les écoles à différentes formules à l’anglo-saxonne fonctionnent bien. Le succès de l’enseignement privé montre déjà que tout ne se fait pas dans le système public. À Meaux, il y a des listes d’attente pour s’inscrire dans le privé d’enfants venant de familles de quartiers populaires. Il faut supprimer le quota de 20 % d’enseignants dans le système privé, au même titre que je veux substituer au concours d’enseignant la formule beaucoup plus pragmatique du diplôme. On donnerait ainsi plus de souplesse à la fonction d’enseignant.

Par ailleurs, on ne peut pas verser des larmes de crocodile sur l’absence d’idéal chez nos jeunes, et ne pas comprendre que, dès l’école, il faut remettre en place le salut au drapeau, l’hymne national et l’uniforme. Cela se fait en Grande-Bretagne, et je n’ai pas l’impression que ce soit un pays suranné ! Il est aberrant de laisser l’extrême-droite s’approprier ces symboles patriotiques.

Votre histoire personnelle témoigne de votre attachement à l’histoire nationale. Pouvez-vous nous en faire part ?

Mon histoire familiale est celle d’un Français de sang-mêlé dont les parents ont traversé les tragédies du siècle précédent. Ma mère a connu l’épreuve du rapatriement d’Algérie. Mon père a été sauvé par miracle grâce à des Justes d’une rafle nazie à Aubusson. Mon père nous a toujours dit de ne jamais oublier, et d’œuvrer pour rendre à notre pays ce qu’il nous a donné. C’est cela qui a suscité ma vocation, au sens laïc du terme, à servir la France à travers l’engagement politique. Par ailleurs, je suis passionné d’histoire ! Je n’ai pas du tout aimé que son enseignement soit réduit dans le quinquennat précédent. J’ai une passion particulière pour la Première guerre mondiale, que je dois au collectionneur Jean-Pierre Verney. Ses 30 000 objets conservés de cette période ne trouvant pas d’acquéreur français, j’ai pris l’initiative de créer à Meaux un musée sur la Grande guerre de 1914-1918. N’oublions pas que c’est à Meaux que les armées allemandes, le 6 septembre 1914, ont été arrêtées dans leur offensive sur Paris lors de la bataille de la Marne. Ce jour-là, le général Joffre a adressé son célèbre ordre de marche aux soldats français : « on ne recule plus ! » dont j’ai fait mon slogan. Cette bataille a fait basculer le sort du monde.

Antoine Pasquier, Samuel Pruvot et Pierre Jova

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