Référendum, attention danger !

Quand les responsables politiques vont-ils enfin comprendre que les référendums n’aboutissent souvent à rien sauf à amplifier des crises préexistantes ?

Le référendum de 2015 en Grèce sur le plan de la Troïka pour redresser le pays ? Perdu ! Le référendum sur le Brexit ? Perdu par David Cameron pourtant brillamment réélu l’année précédente et présentant le meilleur bilan d’un Premier ministre britannique depuis le Tony Blair d’avant la guerre en Irak. Le référendum de ce dimanche sur la réforme de la constitution italienne qui visait à stabiliser l’exercice du pouvoir dans un pays qui a connu 67 gouvernements en 70 ans ? Perdu par Matteo Renzi, un Premier ministre dynamique et réformateur qui avait réussi à faire bouger les lignes dans son pays sclérosé par le chômage de masse et une dette abyssale… Et je ne reviens pas sur le « non » français en 2005 au Traité établissant une constitution pour l’Europe…

Ce rejet systématique n’est pas qu’un phénomène européen. Même le référendum d’octobre 2016 sur l’accord de paix entre les FARC et l’Etat colombien pour mettre un point final à des décennies de guerre civile a échoué… Ce n’est pas non plus un phénomène populiste. Le premier ministre hongrois, Viktor Orban en octobre dernier n’a pas réussi à mobiliser le quorum de votants suffisant (40% de participation) pour valider son référendum anti-migrant. Preuve que le processus référendaire n’est la panacée pour personne.

A noter que la plupart de ces référendums, à l’exception du scrutin hongrois, était largement soutenue par la communauté internationale : du pape pour l’accord de paix colombien, à l’Union européenne pour le « stay » britannique, en passant par Angela Merkel ou Barack Obama pour « l’Italicum » de Matteo Renzi. Plus le soutien international semble fort et unanime, plus les peuples veulent manifester, par le « non », leur indépendance en faisant comme un doigt d’honneur à ce qui est perçu comme une forme d’ingérence.

Tout responsable politique devrait en tirer quelques conclusions claires en termes de gouvernance.

1. Aussi pertinente soit le la question posée lors du référendum, les électeurs y répondent rarement. Le référendum est transformé en plébiscite sur la personne qui l’a initié, comme pour Matteo Renzi. Il est aussi souvent phagocyté par les problèmes de l’instant. Le « non » mobilise toujours des coalitions hétéroclites de mécontents qui ne cherchent pas tant à rejeter un projet qu’à manifester leur colère.

2. Dans un monde de plus en plus instable, complexe, volatil, « courtermiste », le référendum est un mode de consultation trop binaire, trop manichéen. De même qu’on ne peut pas résumer un homme ou une idée en un tweet, on ne peut pas « miser » l’avenir d’une politique d’ensemble sur le « oui » ou le « non » à une question qui tient en dix mots ! En simplifiant les questions à l’extrême, le référendum hystérise le débat et brouille les enjeux.

3. On ne joue pas le futur d’un pays démocratique à la roulette russe. Dans le cas de l’Italie, le référendum portant initialement sur une révision de la loi électorale, peut se transformer à moyen terme en l’arrivée au pouvoir d’un parti politique populiste, le mouvement cinq étoiles, partisan d’un « Italexit »… Délirant !

En résumé, le référendum n’est pas adapté aux exigences d’une gouvernance moderne dans une époque marquée par la double exigence d’efficacité et d’immédiateté. Les citoyens veulent des résultats, pas des consultations !

Et qu’on ne me dise pas, moi qui me suis présenté plus de dix fois à diverses élections locales et nationales, que ma méfiance par rapport au référendum s’apparenterait à une quelconque « peur du peuple » ! C’est justement l’inverse, je persiste à dire que le seul référendum qui vaille est l’élection de dirigeants au suffrage universel direct sur la base d’un programme complet, argumenté, précis, détaillé, débattu dans le cadre d’une campagne électorale.

Un dirigeant n’est pas élu pour questionner par référendum ceux qui viennent de l’élire, mais pour appliquer le projet qu’il a défendu. A la fin, ce sont toujours les électeurs qui finissent par trancher en réélisant ou en renvoyant chez eux les responsables qu’ils s’étaient choisis.

Or nous avons sous la main une méthode infaillible pour réformer en évitant l’incertitude et les crispations liées au référendum : les ordonnances. C’est la méthode à laquelle le général de Gaulle a eu recours lorsqu’il est arrivé au pouvoir en juin 1958. Les ordonnances, que je défends avec insistance depuis l’été 2013, sont parfaitement adaptées à notre époque. Elles permettent d’appliquer en un temps record –deux mois- les décisions validées par une élection démocratique. Rapidité et efficacité sont les deux qualités de cet outil. Elles répondent aux attentes des citoyens. Pourquoi s’en priver ?

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Commentaires

  • Michel

    , par Michel Répondre

    La démarche référendaire est généralement démagogique. Dès lors elle ne peut produire qu’un résultat aléatoire. Demander aux gens leur avis sur des sujets complexes comme un projet de traité qu’ils sont incapables d’analyser ou une politique dont ils ignorent tout est une démarche irresponsable. Elle ne peut engendrer que des catastrophes. C’est un peu comme si le chirurgien demandait l’avis du brancardier avant d’opérer. On est sûr d’achever le malade. De plus, les britanniques le soulignent actuellement, faire dépendre une décision comme le brexit d’un référendum populaire consultatif et laisser ensuite le pouvoir exécutif décider de l’appliquer pose un problème de légitimité, notamment juridique, dès lors que, dans le respect des institutions, la décision devrait résulter d’un vote au parlement.

  • dos

    , par dos Répondre

    mr cope
    entièrement en accord avec vous nous mettrions le principe de l élection en péril un rempart de la démocratie : le referendum dans certain cas il serait un moyen de se débarrasser d une promesse faite, sachant qu il y a toujours des contestataires bien souvent loin de la question posée mais suffisant pour une pirouette

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