Le "nettoyage ethnique" des Rohingyas : le silence jusqu’à quand ?

Une tragédie est en train de se dérouler au Myanmar - l’autre nom de la Birmanie - sans que personne ne semble s’en préoccuper.

Les Rohingyas sont une minorité ethnique, de confession musulmane, depuis longtemps objet de persécutions dans un pays majoritairement bouddhiste. Exclus de la nationalité birmane, ils sont réduits à l’apatridie. Mais cette fois, un cap a été franchi dans l’horreur. Il ne s’agit pas juste d’une nouvelle persécution et, par conséquent, pas non plus d’un énième épisode dans l’histoire tragique de cette communauté. Les Rohingyas sont l’objet d’une campagne de déportation systématique menée par les autorités birmanes avec pour unique objectif d’éradiquer purement et simplement cette minorité.

Alors qu’un million de Rohingyas vivent en Birmanie, plus de 370 000 ont déjà fui au Bangladesh, pays voisin, en moins de 3 semaines. Considérés comme comptant parmi les plus persécutés au monde, les Rohingyas font aujourd’hui face à ce qu’il faut bien appeler un « nettoyage ethnique » qui s’accompagne d’une politique de terreur et de terre brulée de la part des autorités birmanes.

Le flot ininterrompu de réfugiés fuyant au Bangladesh laisse craindre une véritable crise humanitaire. Aux 370 000 Rohingyas qui viennent de quitter la Birmanie, s’ajoutent ceux - près de 400 000 - vivant déjà dans des camps de fortune, victimes de précédentes vagues de violence. Les organisations humanitaires estiment que des milliers d’autres sont déjà en chemin.

Les discriminations religieuses se multiplient dans cette région du monde. Au Bangladesh, pays voisin de confession musulmane, ce sont les minorités hindoues ou chrétiennes qui sont victimes des persécutions quotidiennes.

Alors que les réactions occidentales ont tant tardé lorsqu’il s’est agi de condamner les exactions commises contre les chrétiens d’Orient en Irak et en Syrie, j’observe les mêmes atermoiements devant le sort des Rohingyas. Alors que le conseil de sécurité de l’ONU doit enfin se réunir à huis clos pour se pencher sur cette crise, une question mérite d’être posée : serait-on plus hésitant à défendre une minorité lorsqu’elle présente un caractère religieux ? Aucune persécution n’est acceptable et on ne peut laisser se dérouler celle dont les Rohingyas sont la cible dans l’indifférence générale. De même que j’ai dénoncé à plusieurs reprises le sort réservé aux chrétiens d’Orient, qui demeure aujourd’hui encore épouvantable, il est de notre responsabilité de condamner ce qui se passe en Birmanie.

C’est la liberté religieuse qui est ici violée : cette liberté de croire ou de ne pas croire et de choisir la religion qui est la sienne. Parce que la France a fait le choix de la consacrer dès 1789, à l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, parce que c’est elle que notre principe de laïcité garantit, il est de notre devoir de la défendre, en toute circonstance et quelle que soit la religion mise en cause. Chacun doit être libre de vivre son culte sans crainte et à l’abri des discriminations et des persécutions. Le silence des responsables politiques français à ce sujet est donc incompréhensible.

Bougeons nous !

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