Un discours devant le Congrès, oui ! Mais pour quoi ?

Emmanuel Macron a prononcé hier un discours très attendu devant le Congrès réuni à Versailles. Beaucoup de critiques avaient été émises a priori estimant que c’était un scandale pour le Président de la République de s’exprimer avant le discours de politique générale de son Premier ministre…

Il s’agit là d’une fausse polémique. Ce discours n’avait rien « d’un coup d’Etat institutionnel ». Cette possibilité est inscrite dans la Constitution depuis 2008 et il était légitime d’en user. Le Président est la clé de voûte des institutions pourquoi ne pourrait-il pas fixer le cap avant le Premier ministre qu’il a nommé pour appliquer et exécuter sa politique ?

D’ailleurs, cette volonté de parler en premier était la suite logique du parcours d’Emmanuel Macron depuis quelques mois. Il a été élu Président contre toute attente, puis a emporté une très large majorité lors des législatives. Il a décidé de laisser son parti, En Marche, faire main basse sur tous les postes clés de l’Assemblée nationale, quitte à fragiliser l’opposition. Il a théorisé la présidence « jupitérienne ». Soit ! Quoi de plus cohérent donc pour lui que de poursuivre cette démarche de concentration et de personnalisation du pouvoir, en convoquant le Congrès pour dérouler son projet ?

Non, ce que je ne comprends en revanche pas, c’est qu’Emmanuel Macron ne soit pas allé au bout de sa logique. Hier, il a choisi de rester dans un propos parcellaire et théorique laissant croire qu’il laissait à d’autres le soin d’assumer sa propre politique. Pourquoi n’a-t-il pas présenté une feuille de route détaillée, précise et charpentée de l’action qu’il entend développer pour les cinq à venir ? Rien ne justifiait qu’il laisse à son Premier ministre le soin de le faire à sa place, au contraire. Pourquoi n’a-t-il pas dit quels impôts il comptait baisser, quelles dépenses il comptait réduire ou augmenter, dans une situation budgétaire dégradée comme jamais ? Pourquoi n’a-t-il pas dit comment il comptait lutter contre le terrorisme une fois l’Etat d’urgence levé ? Pourquoi n’a-t-il pas dit comment il compte réduire la fracture béante entre les métropoles et la France dite « périphérique » ?

Il n’y a guère que dans le domaine institutionnel qu’il s’est montré un peu précis, mais là n’est pas le cœur des problèmes auxquels nos compatriotes sont confrontés. Il a d’ailleurs formulé certaines propositions que je partage pour les avoir défendues depuis des mois : diminution du nombre de parlementaires, réforme du CESE, nécessité pour les ministres de rendre des comptes réguliers sur leur action. Et d’autres propositions contestables comme la proportionnelle, contraire à l’esprit de la Vème République qu’il prétend pourtant réactualiser, qui risque de promouvoir le régime des partis type IVème République, ou la limitation des mandats dans le temps qui n’est autre qu’une limitation de la souveraineté populaire.

En somme, je ne comprends pas le but de ce Congrès. Il aurait eu du sens s’il avait servi à lancer le quinquennat par un grand discours qui cadre l’action pour les cinq ans à venir. Or on reste sur notre faim avec cette question désagréable : un discours, oui, mais pour quoi ? La clarification attendue n’a pas eue lieu. Les desseins de Jupiter restent obscurs…

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