Les nouvelles frontières de l’Espace

Nous sommes le mardi 16 mars 2021, la crise sanitaire bat son plein, les français sont ancrés dans le réel, englués dans l’entre-deux. Puis tombe la nouvelle, Thomas Pesquet prendra les commandes de l’ISS à la fin de sa prochaine mission. Et ça fait du bien. Pendant une seconde, la tête dans les étoiles, je souffle.

A l’ère de la crise sanitaire, j’entends bien souvent que la conquête spatiale n’est pas une priorité. Il y a déjà assez de problèmes qu’on ne sait pas gérer sur terre, me dit-on, pourquoi alors se concentrer ailleurs. Les Etats s’endettent pour régler les innombrables difficultés très terre à terre et dépensent à coup de milliards d’euros dans des projets spatiaux qui semblent bien éloignés de nous. Quel sens donner à tout cela ?

Eh bien, je ne partage pas ces références ; l’espace est en fait le meilleur investissement de l’humanité. Tout d’abord, parce qu’elle dope la recherche et permet une myriade d’avancées technologiques qui transforme notre quotidien et sauve des vies. Ensuite, parce qu’elle incarne une opportunité incroyable pour nos industries et notre économie. Enfin, parce qu’un programme tel que Galileo révèle l’étendue d’un tel écosystème.

De l’importance des avancées technologiques utilisées sur Terre

1 600 innovations sur terre résultent de technologies destinées au programme aérospatial de la NASA. 1 600 innovations qui facilitent notre quotidien ou qui nous maintiennent en vie. 1 600 innovations mobilisant des constellations de satellites permettant de communiquer avec nos téléphones mobiles, de nous repérer avec le GPS ou plus conséquent, de surveiller les tempêtes et les cyclones.

Les effets cumulés de toutes ces technologies sont exceptionnels. Je parle de vies sauvées, d’économies épargnées, de préservation environnementale. Prenons l’exemple de la météorologie, domaine de l’innovation dont la France est pionnière. Pêche, agriculture, tourisme, transport maritime, c’est 30% de l’économie française qui repose sur la météo et certainement plus de 70% de l’économie mondiale.

Dans ce contexte, le Centre National d’Etudes Spatiales a mis en place l’Interféromètre atmosphérique de sondage dans l’infrarouge. Ce capteur placé sur les satellites météorologiques décompose la lumière infrarouge émise par l’atmosphère terrestre. Cette invention a révolutionné le système de prévision météorologique en améliorant la précision des températures et la prévision de phénomènes climatiques.

Imaginez l’impact socio-économique considérable que cela entraîne. Imaginez les retombées d’une telle invention sur l’agriculture ou le besoin en eau, moyens de subsistance de centaines de millions de personnes. Je pense à l’Europe bien sûr. Mais aussi et surtout au continent africain. Ajoutez à cela la surveillance du niveau de pollution et des observations sur de longues périodes qui servent à définir des processus climatiques cruciaux pour appréhender le réchauffement climatique. Comment quantifier une telle avancée qui rayonne dans tous les domaines et dans tous les secteurs sur la planète entière ?

Le domaine de la santé n’est pas en reste. Les pompes à carburant de la navette spatiale ont permis l’élaboration de la pompe d’assistance ventriculaire, utilisée dans les cœurs artificiels. Ainsi, chaque programme spatial a marqué de son empreinte le monde scientifique. Si Viking a fait naitre la pompe à insuline, Apollo a permis la création de la machine de dialyse. On doit l’amélioration de l’IRM à la Nasa et la fabrication de certaines prothèses au composite de fusées.

Tout cela sans compter l’airbag, le détecteur de fumée, les panneaux solaires, la couverture de survie...

L’innovation Spatiale, un investissement d’avenir, un levier pour l’industrie

Le 24 décembre 1979, la première fusée Ariane issue de l’Agence Spatiale Européenne décollait. Plus de quarante ans se sont écoulés depuis et l’Europe demeure un acteur puissant sur la scène internationale. Entre le titan américain et les nouvelles ambitions affichées par l’Empire du Milieu, le vieux continent doit poursuivre son leadership. Le budget en hausse de l’Agence spatiale européenne (14,4 milliards d’euros) suit cet élan. Il n’en fallait pas moins pour rester dans la course.

Selon les estimations du CNES, pour chaque euro investi dans le spatial, on peut compter vingt euros de retombées économiques. L’ESA dynamise aussi l’économie puisque plus de 80% de ses financements retournent vers les industriels. Mais la véritable force de l’innovation spatiale réside dans un écosystème prodigieux avec notamment des transferts importants de technologies dans d’autres secteurs. Il irrigue des pans entiers de l’économie.

Le programme Galileo, un écosystème aux nombreuses ramifications

Le parfait échantillon de cet écosystème repose sur le système européen de géolocalisation par satellite ; Galileo. Il incarne la mobilisation de nombreux enjeux économiques, politiques et industriels.

Sur le plan économique, Galileo se positionne au niveau des technologies spatiales mais aussi sur les marchés des applications, de la téléphonie et de l’automobile, des transports maritime, routier, ferroviaire et aérien. En Europe, tous les nouveaux modèles de voitures doivent obligatoirement disposer du système eCall. Ce dernier utilise Galileo pour communiquer la localisation du véhicule aux services d’urgence. Cette année marque également la commercialisation de la voiture autonome. Cette dernière s’appuie sur les systèmes de géolocalisation par satellite. Galileo a encore un bel avenir devant lui. Selon le CNES, 10% du PIB européen dépend des systèmes de positionnement par satellites, et d’ici à 2030, ce pourcentage pourrait grimper à environ 30%. Les retombées économiques attendues de la constellation des 30 satellites sont estimées par la Commission européenne à 80 milliards d’euros, sans oublier la création de 140 000 emplois. La constellation rafle aussi de nombreux marchés, remettant en cause la prééminence de son homologue américain, le GPS, qui lui appartient à l’armée. Nul doute qu’il s’agit là d’un investissement stratégique de taille.

Sur le plan politique, il permet à l’Europe d’asseoir sa souveraineté et son indépendance dans un domaine où les informations relèvent de la sécurité. L’ambition d’un tel programme est avant tout la conquête de l’information. La révolution de l’information et du numérique dans laquelle nous évoluons a bouleversé l’échiquier spatial. Les investissements et les projets se multiplient au rythme de l’émergence de nouvelles applications et des services. Aujourd’hui, la frontière du spatial se situe au niveau des données.

L’espace garde cependant une dimension symbolique forte, toute grande puissance possède une stratégie spatiale. Le retour des Etats-Unis sur la Lune n’est d’ailleurs pas anodin, il a pour objectif de démontrer leur puissance face à la Chine.

A l’image de l’immensité du cosmos, nous ne cessons de découvrir de nouvelles façons d’exploiter les données issues des satellites d’observation avec une infinité de possibilités créatives en termes d’applications.

Ce vendredi, Thomas Pesquet et ses coéquipiers décolleront à destination de la station spatiale internationale. J’aime à penser que les opportunités sur la terre sont intarissables, et qu’il faut se projeter dans un ailleurs pour puiser les ressources de notre résilience et du dépassement de soi. Je suis preneur de votre avis. Qu’en pensez-vous ?

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