Une semaine après

Une semaine après les horribles attentats du 13 novembre, l’émotion reste intense mais la France fait face.

L’ensemble des Français, d’abord. Peu à peu, malgré la peur et la colère, l’une et l’autre profondes, vrillant les esprits et les cœurs, nous avons recommencé à vivre. C’est la tristesse qui a submergé chacun lorsque, par l’intermédiaire des médias, nous avons mis un visage, un nom sur chacune des victimes. Insondable tristesse devant cette jeunesse fauchée, devant ces vies gâchées et celles de leurs proches à jamais bouleversées. Mais c’est pour ces victimes, pour que leurs vies n’aient pas été brisées en vain et pour que la barbarie ne l’emporte pas que, courageusement et avec dignité, chaque Français s’est relevé et fait en sorte que la vie reprenne ses droits.

Nos institutions ensuite. A cet égard, je ne suis pas de ceux qui hurlent avec les loups. J’étais présent au Congrès de Versailles pour écouter le discours du Président Hollande. Je me suis levé et l’ai applaudi. Parce que, dans ces instants tragiques, s’adresser à l’ensemble de la représentation nationale était un symbole fort. Parce qu’il a tenu des propos importants. Et parce que, surtout, dans de tels moments, l’unité nationale doit prévaloir sur toute autre considération. J’ai aussi voté sans état d’âme ni hésitation la loi prorogeant l’état d’urgence et modifiant la loi de 1955. Quand des mesures vont dans le bon sens, quand des mesures sont nécessaires pour le pays et pour la sécurité de chacun des Français, il faut savoir les approuver de manière responsable. Je ne vois pas non plus de raisons de m’opposer à la déchéance de nationalité ou à l’interdiction de revenir sur le territoire pour les djihadistes français, autant de propositions que la droite porte depuis des mois.

Il ne s’agit pas, soudainement, de souscrire à tout ce que propose François Hollande. Mais de reconnaître que de bonnes décisions ont été prises. Toute polémique est stérile. Notre unique objectif doit être d’agir et d’évaluer les mesures adoptées à l’aune des résultats.

En revanche, je considère que dire, comme l’a fait le gouvernement, « laissons filer le déficit public pour financer notre défense » est une erreur. Augmenter la dette c’est se placer en situation de dépendance vis-à-vis de nos créanciers. C’est mettre en cause notre souveraineté financière puisque la majorité de nos créanciers sont étrangers. En d’autres termes, faire le choix, sur le plan financier, de l’insécurité.

La situation dramatique que nous connaissons impose un effort budgétaire majeur en matière de sécurité. C’est l’occasion de prendre conscience de la nécessité pour l’Etat de redéfinir son périmètre d’action.

Depuis vingt ans, droite et gauche confondues, nous avons baissé la garde : les moyens et les effectifs de la défense, de la police de la justice ont été rognés tandis que nous augmentions sans cesse les dépenses liées au « social ». Pourquoi ? Parce que nous avons cru que la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique marquaient la fin de l’histoire. Nous avons cru que le monde entier aspirait à notre modèle démocratique, libéral, nous avons cru que nous n’aurions plus d’ennemis, que nous pourrions nous contenter de la protection de nos alliés américains. Naïveté ? Angélisme ? Nous sommes aujourd’hui rattrapés par le tragique de l’histoire… Les menaces n’ont pas disparu, elles se sont transformées. Soyons lucides, nous avons beaucoup d’ennemis et nous n’avons jamais été aussi vulnérables. Plus encore, il y a tout lieu de penser que la menace est durable.

Nous ne pouvons donc pas nous permettre de croire qu’il s’agit de financer quelques mesures sécuritaires temporaires par un éphémère relâchement budgétaire. Nous devons structurellement réorienter le budget de l’Etat vers le financement de sa mission première : assurer la protection de nos concitoyens. J’assume de dire qu’il faut plus de régalien et moins de social. La question n’est pas de savoir si le constat risque d’être impopulaire ; nous n’avons pas le choix. Ne tombons pas dans la caricature : il ne s’agit évidemment pas de fermer des hôpitaux pour ouvrir des casernes, de supprimer le RSA pour recruter des soldats ou de sacrifier la sécurité sociale pour assurer la sécurité des personnes… Simplement, si nous voulons gagner la guerre contre le terrorisme, il faut un effort de guerre. Et il ne doit être financé ni par le déficit, ni par les impôts, mais par plus de travail et moins de dépenses sociales (qui représentent 32 % de notre PIB). C’est un choix majeur. Un choix de bon sens. Et nous devons le faire dès maintenant car renforcer notre défense et notre sécurité ne se fera pas en un jour. Il faudra du temps et nous n’en avons pas.

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JFC

Copyright : The Economist.

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