Saint Louis 1214-2015…

Le Saint Louis de Jacques Le Goff, c’est un monument. Plus de 1000 pages. Un de ces livres si épais qu’on le regarde avec un peu de crainte avant de l’attaquer. Un « pavé » ! Mais un « pavé » passionnant. Je sors tout juste de ce livre captivant. Et je voulais partager avec vous quelques réflexions issues de cette lecture. Travailler à ce que sera demain le sursaut français commande de bâtir un projet de redressement résolument tourné vers l’avenir, mais qui plante ses racines dans notre héritage historique commun. Pour mieux réfléchir. Pour mieux comprendre.

Légende dorée et légende noire

On retrouve dans ce livre le souffle du roman français, si cher, depuis Michelet, à notre patrie. La légende dorée de Louis IX (1214-1270) y est décrite : la régence de Blanche de Castille, la victoire sur les Anglais à Taillebourg, le chêne de Vincennes, la Sainte Chapelle… La légende noire aussi, notamment avec cette terrible politique antijuive, qui d’ailleurs, selon Le Goff, a pesé sur sa conscience. Il ne s’agit pas d’idolâtrer le personnage !

Mais ce qui m’a le plus interpellé, c’est la modernité de Saint Louis. A lire Le Goff, on comprend que son influence n’a pas seulement marqué son époque. Elle est toujours présente dans notre France du 21ème siècle. J’en ai retenu trois aspects.

La France au premier rang des nations et l’acquis de l’Etat

Le premier tout d’abord, c’est la volonté de Saint Louis de mettre notre pays au premier rang des nations. Les croisades et l’achat de la couronne d’épines répondent bien sûr à une exigence religieuse. Ils sont aussi et surtout un moyen de mettre la France et Paris au centre du monde. A cette époque, qui possède les reliques les plus saintes, devient, symboliquement, le cœur de la chrétienté comme, au XVIIIème siècle, qui portait les Lumières était au-devant de l’Europe. Dans le même esprit, Saint Louis est l’arbitre du XIIIème siècle. Celui auquel les souverains étrangers – roi d’Angleterre ou empereur allemand- font appel pour régler leurs différends internes ou internationaux. C’est cette position de « passerelle » entre les nations qu’il a inaugurée et qui a fait traditionnellement le succès de la diplomatie française : la France parle de tout avec chacun. Je regrette que, depuis ces dix dernières années, notre pays ait, peu à peu, perdu cette indépendance et cette hauteur de vue qui faisaient sa force.

Le second c’est la construction de l’Etat. Ce n’est pas à un énarque qu’on apprendra ce que l’Etat représente en France… Mais j’ai été impressionné de son efficacité et de sa structuration dès le XIIIème siècle. Avec ses grandes ordonnances, Saint Louis, bien avant Louis XI, montre sa volonté de construire un Etat juste et efficace. Des enquêtes sont diligentées pour surveiller la probité des agents publics et réparer les torts éventuels. Le respect de la présomption d’innocence est affirmé haut et fort. Le roi s’absente entre 1248 et 1254 hors de France, pour sa première croisade, sans que le pays ne s’effondre… La France n’est pas née en 1789, il ne faut pas oublier que l’Etat centralisé est un acquis que nous devons largement aux Capétiens.

Saint Louis et la Vème République !

Le troisième aspect, et le plus stimulant peut-être, c’est le modèle du dirigeant. Le Goff développe de manière fascinante la thèse selon laquelle, encore aujourd’hui, ce serait, en filigrane, l’image de Saint Louis qui s’imposerait toujours en France comme celle d’un chef d’Etat idéal. A la fois au-dessus du peuple, et au milieu de lui quand il s’agit de partager ses souffrances. Un chef qui incarne la nation, au-delà des clivages, de manière désintéressée, jusqu’au don de soi-même. Un chef très puissant, mais dont l’action est bornée par la justice et l’éthique. De Gaulle avait peut-être ce modèle en tête, quand il a pensé le rôle du Président de la Vème République, cette monarchie républicaine. Mitterrand l’avait certainement compris. Malheureusement, au fil de la Vème République –peut-être aussi avec le quinquennat- cette sacralité de la fonction présidentielle s’est peu à peu étiolée. Certains s’en réjouissent car ils trouvent cela « moderne ». Pour ma part, je crois que la fonction présidentielle est à part. Elle doit conserver ce côté mystérieux, un peu mystique, qui représente la France et la continuité de son histoire.

Je ne doute pas que ces quelques réflexions susciteront le débat ! Dans notre pays il y a presque autant d’historiens que de Français… J’attends vos réactions. Je crois, en tout cas, qu’il serait dommage de ne pas s’inspirer des grandes figures de notre histoire pour éclairer notre époque.

A bientôt,

Jacques Le Goff, Saint Louis. Première parution en 1996, Gallimard.
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-histoire/Saint-Louis

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