Jean-François Copé : "La Corse fait partie de mon éducation politique"

Démarche souple, prunelles de chat, phrasé ample mais suffisamment resserré pour se mettre au service du message, le tout sur fond d’image épicurienne. Celle d’une Corse estivale - depuis la terrasse de l’hôtel Belvédère à Porto-Vecchio où le maître de céans, César Filippi, nous a accueillis pour l’interview - que Jean-François Copé a choisie afin de s’y poser, emportant dans ses bagages, une certaine idée de la politique.

Reste que le député-maire de Meaux, sous la bannière Les Républicains, aurait pu ne pas répondre à nos questions.

Car il aurait aimé être pianiste de bar, Copé, c’était l’un de ses deux rêves. L’autre, être président de la République, il avait alors sept ans. Il en a cinquante-deux aujourd’hui.

Le piano, il en joue toujours, sur une scène pas tout à fait confidentielle, puisque partagée, notamment, au gré de soirées entre amis. Rêve à demi exaucé donc. Le trône présidentiel, il n’entend pas jouer avec. Davantage s’y installer. Rêve à exaucer.

Entre les deux, il y a l’homme Copé. Sa touche personnelle. Balade musicale avec l’une des têtes d’affiche de la prochaine primaire à droite. Morceaux choisis.

Chaque été, la même histoire d’amour entre l’île et la classe politique. Sacré contraste avec le reste de l’année où les problématiques insulaires trouvent bien peu d’échos auprès des élus nationaux...

Cela montre toute la complexité des relations qu’entretiennent les hommes politiques avec l’île qui est souvent mal comprise depuis Paris, parce qu’on ne consacre pas assez de temps à échanger avec les Corses. Moi, je viens ici depuis longtemps.

Les problématiques insulaires, j’en entends parler depuis mon plus jeune âge. Elles font partie, presque, si j’ose dire, de mon éducation, de ma culture politique. Si je ne les approuve pas toutes, elles me parlent toutes. Je ne me sens pas semblable à d’autres qui arrivent sur l’île dans une logique estivale.

Vous avez annoncé la couleur depuis des mois. Candidat à la primaire, avec des parrainages quasi bouclés, dites-vous, livre où vous dévoilez vos propositions... Vous vous racontez beaucoup. Ce qu’on ne sait pas de vos ambitions ?

On sait tout. Je suis quelqu’un de très direct. Je déteste l’hypocrisie, la dissimulation. En revanche, ce que je regrette c’est la déformation qui a pu être faite, très souvent, de ce que je suis.

Il y a quelques années, pour dénoncer les dérives islamistes et le communautarisme qui m’inquiétaient à travers ce que je voyais à Meaux, j’ai raconté l’histoire de ces voyous qui avaient arraché le pain au chocolat des mains d’un jeune collégien en lui disant, "on ne mange pas pendant le ramadan". C’était prémonitoire de ce que nous vivons actuellement.

Or, j’ai été traité de tous les noms, alors que ce qui comptait c’était la dénonciation d’un phénomène. Je regrette que mes propos qui sont ceux de la droite décomplexée soient caricaturés.

"Droite décomplexée", on se soigne aussi en politique ?

(Sourire). De quelle maladie, on en a tellement en politique ! La droite décomplexée, c’est la droite assumée, pas la droite extrémiste, mais la droite qui ne pratique pas la langue de bois, la droite qui a des valeurs. Et également, la droite qui ne reculera pas.

Comme d’autres, vous avez cédé aux sirènes de l’écriture. Une mode ?

Non, c’est une très bonne chose. C’est une manière de poser sa pensée et cela permet aux citoyens de comparer. J’ai fait un livre autobiographique, qui présente mon projet pour la France, et c’est le seul livre, de tous les candidats, qui donne à la fin un programme argumenté, chiffré. C’est un élément de crédibilité par rapport à mes concurrents qui ont en commun d’avoir été au gouvernement entre 2007 et 2012 et d’avoir été désavoués en 2012, ce qui n’est pas mon cas.

Dans le "Sursaut français", votre bouquin, vous misez sur le réveil de la France, qui, affirmez-vous, a toujours su relever la tête lorsqu’il le fallait. Pour l’heure, les soubresauts terroristes l’empêchent de dormir. L’attentat de Nice aurait-il pu être évité ?

En l’état actuel de notre organisation sécuritaire, cela aurait été très difficile.

Il s’agit de repenser complètement notre modèle, on a changé d’époque, ça fait au moins dix ans que l’État est hyper interventionniste dans l’économie, étrangle les entreprises avec des taxes, des charges et des réglementations, tout en se retirant de la sécurité. C’est l’inverse qu’il faut faire. Un chiffre le montre.

Aujourd’hui, on consacre 33 % du PIB aux dépenses sociales, 3 % à la sécurité. Comment voulez-vous que la France puisse protéger ses enfants avec une telle vulnérabilité ? Donc, le coeur de mon programme, c’est d’alléger la pression sur les entreprises et les salariés et, en contrepartie, de renforcer notre sécurité. Par exemple, je propose 50 000 embauches de policiers, gendarmes, magistrats, gardiens de prison, militaires.

Que vous prenez où ?

On supprime l’emploi à vie pour les nouveaux entrants dans la fonction publique et on remplace par des contractuels que l’on forme.

Revenons sur l’économie. Vos chevaux de bataille ?

Si l’on veut redynamiser et créer de l’emploi, il y a trois mesures à prendre. Transférer 30 milliards de charges sociales sur la TVA, simplifier de manière drastique le code du travail, en gros la loi El Khomri plus, plus, plus. Et généraliser la consultation des salariés dans les entreprises.

Crise de commandement, erreurs commises par la gauche - mais vous taclez au passage le quinquennat Sarkozy - qui n’a pas su faire évoluer certaines réformes (35 heures, âge de la retraite, explosion des impôts), vous listez quinze décisions pour tout changer en mieux. Synthétisez en bon candidat...

La crise de commandement, ce sont les Français qui le disent, d’une part. Et oui, je relève, d’autre part, que la droite n’est pas exempte de reproches, on a reculé sur les réformes à faire.

Or, tout le monde a identifié depuis des années qu’il y avait quinze décisions à prendre pour remettre la France en marche. Dont la suppression des 35 heures, la réforme du code du travail, la suppression de l’ISF, la création d’une chaîne pénale spécialisée dans la lutte contre le terrorisme...

Concernant le communautarisme religieux, l’obligation pour les imams de parler français et d’avoir un diplôme de laïcité délivré par les universités. Voilà, entre autres, quelques-unes de mes propositions.

Vos objectifs, liberté d’entreprendre, restauration d’une autorité et d’une sécurité nationales adaptées aux enjeux, lutte contre les influences du communautarisme salafiste, ont du mal à séduire à la lecture des sondages. Moins de 5 % de convaincus...

Les sondages, il ne faut pas s’en occuper. Ce qui compte, faire campagne, voir un maximum de Français et s’intéresser au résultat final.

Quand même, pas de soutien affiché en Corse du côté des élus insulaires, c’est dur. Laurent Marcangeli, lui a choisi Alain Juppé...

Laurent Marcangeli était un Copéiste historique jusqu’à ces derniers mois. L’effet sondage, sans doute. Mais je lui conserve toute mon amitié.

Vous voulez dépoussiérer également la procédure législative, l’idée gouverner par ordonnances pour un gain de temps face à l’ampleur de la tâche. Ne craignez-vous pas que cette "révolution de palais" se heurte à des traditions politiques françaises qui sont autant de soubassements de la République ?

On ne peut pas se plaindre de l’incapacité de la France à se réformer et ne pas essayer une autre manière de les faire, ces réformes, soyons cohérents ! Aujourd’hui, une loi ordinaire prend 18 mois, un tweet, 17 secondes. C’est ça qui ne va pas.

Or de Gaulle, en 1958, a eu cette idée de gouverner par ordonnances. Je m’en suis inspiré. Les quinze décisions sur lesquelles j’aurais été élu président de la République, je les mets en oeuvre tout de suite, car c’est cela que les Français attendent. Il n’y aura pas de surprise sur la marchandise.

Au jeu de la sainte famille, vous avez été échaudé. Élection contestée à la présidence de l’UMP en 2012, affaire concernant le financement de la campagne présidentielle... Plaies pansées ?

L’affaire dite Bygmalion a été une épreuve, être jeté aux piranhas au mépris de la présomption d’innocence, que je ne souhaite à personne. C’est une expérience douloureuse dont j’ai essayé de tirer une force par dix-huit mois de silence médiatique, pour moi un exploit ! Reste que les magistrats m’ont mis totalement hors de cause. D’ailleurs, si j’avais été mis en examen, je n’aurais pas été candidat.

Vos relations avec Nicolas Sarkozy ?

Comme depuis toujours, cordiales et très franches. Je regrette qu’il ne supporte pas qu’on soit en désaccord avec lui. J’ai passé l’âge de considérer la politique à travers une vision féodale qui consisterait à ce que l’on soit vassal ou suzerain.

Vous président ?

Je dois compléter ? (rire). Je n’aime pas beaucoup la formule qui n’a pas réussi à son auteur. Moi président ? Je rétablirais l’esprit de commandement, car notre pays attend d’avoir un chef qui décide et assume.

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