Au nom de la laïcité

L’association des maires de France (AMF) a rendu public, le 17 novembre dernier, un Vade-Mecum sur l’application de la laïcité dans les communes de France. L’initiative doit être saluée alors que de nombreux maires se sentent démunis face à des revendications cultuelles : que faire en cas de demandes de menus différenciés dans les cantines ? quelle place pour les manifestations à caractère religieux dans l’espace public ? C’est le rôle de l’AMF d’aider les maires à répondre à de telles interrogations en leur apportant un conseil juridique ou en répertoriant de bonnes pratiques.

Ce document rappelle à juste titre quelques principes essentiels, au premier rang desquels la subordination des pratiques religieuses aux lois de la Républiques et l’égalité entre les hommes et les femmes.

Mais, n’est pas de même nature l’affirmation, en page 16, selon laquelle « La présence de crèches de Noël dans l’enceinte des mairies n’est pas, du point de vue de l’AMF, compatible avec la laïcité ». L’AMF en tire les conséquences en appelant à une loi d’interdiction des crèches dans les mairies… Au nom de la laïcité ?! Rien n’est moins sûr. Au nom d’une vision laïcarde de ce principe ? Sans doute. Et, disons-le, c’est de cette lecture radicale de la laïcité que la laïcité peut périr.

Un peu plus de souplesse et de bienveillance ne ferait pas de mal ! Pour ma part, je préconise une approche de la laïcité apaisée, intraitable face aux comportements inacceptables et respectueuse des pratiques cultuelles de chacun. Je veux la partager avec vous autour de trois points :

  1. Le communautarisme est un risque mortel pour la République. Il faut combattre sans relâche ni faiblesse tout acte ou propos qui défie nos lois. Combattre aussi ceux qui y incitent et prônent de prétendues idéologies qui le justifieraient. Je dénonce depuis des années (souvenez-vous notamment de mon combat pour l’interdiction de la burqa) le fait que la République ait abandonné certains territoires aux mains d’intégristes qui instrumentalisent la religion à des fins politiques, nient l’égalité entre les hommes et les femmes, lavent le cerveau des jeunes, prêchent la haine…
  2. Mais les religions ne sont pas les ennemies de la République. Le problème n’est pas la religion, mais le fanatisme et l’ignorance. La lutte contre le communautarisme ne doit donc pas tourner au combat contre le religieux. Revenons à l’esprit de la laïcité qui est, pour moi, de permettre à chacun de pratiquer sa religion –ou d’être sans religion –à condition de respecter les lois de la République et le culte des autres. La laïcité, c’est ensuite la neutralité de la République à l’égard du fait religieux. Ne privilégier aucune religion mais dialoguer avec toutes, de manière bienveillante, car elles peuvent avoir un rôle bénéfique pour la société au même titre que d’autres courants de pensée (lien social, œuvres caritatives, autorité morale constructive…). La laïcité, enfin, ce n’est pas l’immixtion de la République dans ce que professent les religions dès lors que leurs enseignements sont compatibles avec nos lois. Ce n’est pas à la République de dire si le halal, le casher ou le Carême sont acceptables ou pas… Sinon, nous porterions atteinte à une liberté fondamentale : la liberté de conscience.
  3. Le rôle de la République est donc de fixer les limites du vivre ensemble et de laisser une totale liberté entre ces bornes. L’Etat doit sanctionner l’inacceptable (polygamie, excision, refus de la mixité…), encadrer l’admissible avec intelligence (oui à des manifestations religieuses à condition de respecter l’ordre public, oui à la mise à disposition de locaux municipaux à certaines associations cultuelles qui doivent avoir les mêmes droits et devoirs que n’importe quelle association) et cela dans le respect de l’histoire (la France n’est pas une page blanche mais un pays qui a presque deux millénaires de tradition judéo-chrétienne qui l’ont profondément marqué).

Dans ce cadre qu’en est-il de la présence de crèches de Noël dans certaines mairies ? A l’évidence, elle ne remet en cause aucune de nos valeurs fondamentales. Elle ne relève pas non plus d’un prosélytisme chrétien de la puissance publique, mais d’une tradition pluriséculaire, esthétique et conviviale, ancrée dans de nombreux territoires (pensez aux santons de Provence !) et qui rassemble bien au-delà des pratiquants ou des croyants. Ce n’est pas un scoop de rappeler que tous les Français ne sont pas chrétiens, mais que presque tous les Français célèbrent Noël, fête chrétienne… Bref, les crèches de Noël ne menacent ni la République ni le vivre ensemble ! Nul besoin d’une loi pour régler depuis Paris une question qui peut être gérée en bonne intelligence au niveau local…

Un dernier point ; il est important. En arrière-plan du Vade-Mecum de l’AMF, il y a l’idée qu’il faudrait construire un espace public « neutre » dont toute forme de religieux serait bannie. C’est absurde. Sans même parler de l’inévitable « visibilité » des lieux de culte (difficile de cacher la cathédrale Saint-Etienne qui domine le centre de Meaux !), une multiplicité d’opinions religieuses cohabite dans l’espace public au même titre que des options politiques ou philosophiques. Nos choix reflètent nos préférences et c’est très bien ainsi ! Un catholique qui marche sur les chemins de Compostelle, le chapelet à la main, ne trouble pas davantage l’ordre public qu’un « gothique » habillé de noir ou un militant du PCF qui vend du muguet le 1ermai. Les uns et les autres véhiculent un mode de vie et de pensée. Où est le problème ? Rien à voir avec la dissimulation du visage qui est une négation de l’humanité. Rien non plus, à l’autre extrême, avec l’interdiction de se promener nu que personne ne songe à contester. Mais, disons-le, rien ne serait pire qu’un espace public aseptisé, désincarné, où l’on interdirait à chacun d’assumer ses différences de peur de créer du débat.

La laïcité, c’est finalement l’organisation de la tolérance : neutre, l’Etat veille à ce que toutes les convictions religieuses, comme par ailleurs les convictions philosophiques et politiques, aient droit de cité, même si elles sont contradictoires, aussi longtemps que leur expression est pacifique et respectueuse des règles de la République.

Qu’en pensez-vous ? A bientôt,

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Commentaires

  • philippe catier

    , par philippe catier Répondre

    bonjour
    J’ai bien approfondi votre pensée en lisant votre livre
    Cependant je dois dire qu’à mon avis une trop grande tolérance , non pas sur la religion en tant que relation au divin qui se déroule dans les lieux de culte ou dans l’espace privé, mais concernant des coutumes trop vite assimilées à la spiritualité , sont à l’origine du communautarisme que vous dénoncez ( vêtements , nourritures , relations aux femmes ...) Comment refuser le communautarisme sans refuser les signes communautaires dans l’espace public (rue , école , musée , bus, etc...)
    Il faut distinguer la religion et la coutume .
    La France a des coutumes et des moeurs qui ne sont plus d’ordre religieux et les coutumes musulmanes confondues avec la religion y sont étrangères et provoquent ce choc des cultures que personne ne veut reconnaitre de peur de stigmatiser .
    Faisons de la pédagogie en séparant bien la religion (relation verticale ) et la coutume (relation horizontale) qui n’est pas du même ordre

  • Répondre

    Avant d’ôter les crèches des mairies il faudrait que cet état soit disant Laïc commence par ne pas adopter de dérogations aux directives européennes intégrant des spécificités religieuses (Abattage des animaux par exemple) . Ensuite on verra jusqu’où aller. Mais à force de laïciser les chrétiens on va les fanatiser, et je redoute les fanatiques.

    Une république LAÏQUE n’est pas un état athée c’est un état qui ne favorise aucune religion dans ses processus de recrutement, de vote, d’élection, de nomination de haut fonctionnaire ou de ministre, en matière d’instruction publique (Charles le Martel a bel et bien arrêté les arabes entre Tours et Poitiers, il y a normalement beaucoup de blancs dans l’histoire de France c’est logique il s’agit de populations européennes - On ne peut "mondialisé l’histoire de France - On pourrait parler plus de Toussaint Louverture) , ou encore en matière de menus dans s les cantines de la république.
    Un état LAÏC n’a pas à tenir compte de la religion pratiquée par les uns ou les autres. La religion est et DOIT rester de la sphère privée. Commençons par ce qui est important pour l’avenir (à court terme)
    Alors la question des crèches ....................

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