A la rencontre « d’irréductibles ruraux »…

Mon tour de France continue. Ma « longue marche » se poursuit. Elle m’a emmené à la rencontre du monde rural. Dans deux régions très différentes. A Vieux-Reng, à la frontière belge, près de Maubeuge, à Guipy et Diennes-Aubigny dans la Nièvre. Splendeur des paysages de France sous le soleil de juillet. Les champs de blés ployant sous la chaleur en attendant la moisson. Les contrastes des verts bruts des forêts et des jaunes mats des champs… Les bêtes groupées sous les arbres dans les prairies. J’admire et j’assume !

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Paysage dans la Nièvre

Malheureusement, dans ces paysages de carte postale, nos agriculteurs souffrent. La récente nuit de l’élevage en détresse en a été l’illustration. Chaque semaine environ 200 exploitations agricoles disparaissent en France. Malgré des heures de travail, du courage, des sacrifices, beaucoup d’exploitants n’arrivent tout simplement pas à boucler leurs fins de mois. Notamment les éleveurs ou les laitiers. Une situation insensée alors que nous avons parmi les meilleures terres du monde et un savoir-faire reconnu. Une situation insensée alors que l’indépendance alimentaire sera l’une des clés du 21ème siècle, quand nous devrons nourrir 9 milliards d’individus en 2050. Les agriculteurs que j’ai rencontrés, en tous cas, ne baissent pas les bras. Ils se battent, innovent, investissent pour sauvegarder une activité qui n’est pas qu’un métier mais aussi une vocation, un art de vivre et une part essentielle de l’identité française.

Portraits « d’irréductibles ruraux » qui veulent donner un avenir à leurs territoires. Les Brasselet élèvent en famille presque 400 laitières à Vieux-Reng dans le Nord. Deux frères et leurs fils vivent sur l’exploitation. La transmission, la passion, l’amour des bêtes. Ils se plaignent des tracasseries bureaucratiques : « on est des agriculteurs, pas des administratifs » ! Ici, c’est sur la taille des haies qu’on les harcèle. Il faut dire que la règlementation en vigueur est assez incompréhensible (la preuve en cliquant sur ce lien) : il faut pas moins de 5 pages pour définir ce qu’est une haie, comment l’entretenir et quelles sont les sanctions prévues en cas de non-respect des dites règles. Ubuesque. Ça me rappelle l’inspecteur du travail de Cancale… A-t-on vraiment besoin de rentrer dans un tel niveau de détail et de contrôle ?

Et puis les Brasselet ont dû faire face à une question difficile. Ils ne se plaignent pas tant du prix du lait que de l’astreinte que représente la traite. Peu de vacances, peu de vie sociale… Un sacerdoce. La jeune génération a hésité à reprendre le fardeau ! Et puis ils ont décidé d’investir dans un robot dont le concept date d’il y a une quinzaine d’années et qui n’a cessé de se moderniser depuis. Coût : 150 000 €. La machine gère tout : la traite, le contrôle du lait, la santé des bêtes… Impressionnant : tout est informatisé et se gère via une tour de contrôle sous la stabulation. La qualité de leur production s’est autant améliorée que leur qualité de vie. Le père, un brin nostalgique, regrette le contact plus direct avec les vaches… Le fils, lui, me glisse « c’était ça ou ma femme partait ! » Exemple d’une famille qui a su prendre le tournant technologique au bon moment.

Elevage laitier à Vieux-Reng dans le Nord

Autre histoire : celle de la famille Ponge à Guipy dans la Nièvre. Ils ne sont pas dans l’agriculture à proprement parler, mais dans l’agroéquipement. Le premier Ponge était Maréchal Ferrand à Guipy en 1870. Son fils a développé l’activité et est devenu forgeron. Le petit-fils s’est lancé dans la soudure pour engins agricoles. L’arrière-petit-fils s’est spécialisé dans la fabrication de matériel pour l’élevage. Aujourd’hui, le fils dirige une entreprise leader dans son domaine avec plus de 30 salariés, le tout dans un village de 260 habitants… A chacune de ces cinq générations, l’entreprise a doublé de taille. Les Ponge ont compris que, pour survivre et sauvegarder l’emploi de leurs salariés, il fallait monter en gamme et partir à l’export. Depuis 2012 ils vendent en Suisse et produisent des bétaillères de luxe, conçues sur mesure. Les Ponge n’ont pas hésité à investir 1,5 millions € sur une chiffre d’affaires de 4,5 millions € pour construire un bâtiment flambant neuf consacré notamment à la peinture des engins. L’esprit de famille, la passion d’entreprendre, l’attachement au terroir, le goût du risque : le cocktail gagnant des Ponge.

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Les bétaillères vertes de l’entreprise Ponge

Dernière rencontre forte avec Frédéric Debacker à Diennes-Aubigny. L’homme est souriant. Franc. Direct. Intelligent. Courageux. Je sens tout de suite qu’on va bien s’entendre. Il descend d’une lignée d’agriculteurs sans interruption depuis 1560… Il élève seul 200 charolaises. Il a les idées claires et parfois atypiques : « la PAC est néfaste car elle habitue à des aides qui disparaîtront bien un jour » ; « impossible de parler de fermetures des frontières alors qu’on vend un tiers de notre blé à l’export » ; « le problème n’est pas dans la relation avec les distributeurs mais dans la qualité des produits qu’on leur vend »… Il résume la crise de l’élevage bovin à une équation : la consommation de bœuf diminue, les aides baissent, les charges progressent de 2 à 3% chaque année tandis que les prix sont stables. Impossible de tenir, sauf en innovant. C’est ce qu’il fait. Les marges sont rognées par les intermédiaires ? Il a choisi de vendre en direct à un grand distributeur de sa région. Proximité et circuit court. Résultat il tire 15% de plus de la vente de ses bêtes, tandis que le distributeur vend la viande 15% moins cher au consommateur. On mange moins de bœuf ? Il parie sur la qualité et les produits transformés dont la consommation, pour le coup, progresse. Il a créé une marque Charolix (contraction de Charoles et d’Astérix !) de rillettes, de bolognaise et de bœuf bourguignon. C’est bon et ça marche. Il pense aussi qu’il faudrait partir à la conquête du marché asiatique : seul continent où la consommation de viande de bœuf est en augmentation. Bref, il essaye d’avoir toujours un temps d’avance…

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Dans l’exploitation de Frédéric Debacker dans la Nièvre

Un fil rouge entre ces trois familles qui ne se connaissent pas : la faculté d’adaptation qui leur a permis de se développer dans un environnement ultra-concurrentiel. Et si la vraie définition de l’intelligence n’était pas justement la faculté d’adaptation ? A bien y réfléchir, je crois que tout est là. En France, depuis 40 ans, alors que le monde change à grande vitesse, les hommes politiques, de droite comme de gauche, s’ingénient à nier ces changements et/ou à freiner les Français qui sont prêts à s’y adapter… C’est l’une des explications du malaise de notre société. Le sursaut français en général, comme celui de l’agriculture en particulier passera, je le crois, par une adaptation de notre pays aux défis du monde. C’est une question de volonté politique et de « mental »…

Qu’en pensez-vous ? A bientôt,

Jean-François Copé

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